Après des années de retard sur nos voisins britanniques, danois et allemands, la France entre enfin dans la phase opérationnelle de son éolien en mer. Saint-Nazaire (2022), Fécamp et Saint-Brieuc (2023-2024) ont ouvert la voie. Mais ce n’est que le début : 18 gigawatts supplémentaires sont attendus d’ici 2035. Pour le marché de l’emploi, les conséquences seront massives.
Un secteur qui part de presque zéro
Jusqu’en 2022, la France n’avait pas un seul kilowattheure produit en mer. Les compétences offshore étaient détenues par des entreprises étrangères — DEME, Van Oord, Jan De Nul — et les experts français se comptaient sur les doigts d’une main. Aujourd’hui, la donne change : les grands acteurs français (EDF Renouvelables, Engie, TotalEnergies Renouvelables, Valeco…) constituent des équipes dédiées et cherchent à internaliser les compétences.
Les métiers les plus porteurs
Installation & construction offshore. Les ingénieurs maîtres d’ouvrage capables de superviser la pose de fondations monopieu ou jacket, l’installation des turbines et le câblage sous-marin sont rarissimes en France. Les employeurs se disputent les quelques dizaines de profils disponibles, souvent formés en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas.
Maintenance haute mer. Intervenir sur une éolienne à 30 kilomètres des côtes par 2 mètres de houle, cela ne s’improvise pas. Les techniciens de maintenance offshore cumulent les compétences GWO, les habilitations travail en mer et une solide expérience du milieu hostile. Leur rémunération reflète ces exigences : 40 000 à 60 000 € en début de carrière, primes comprises.
Coordination de port base. Les opérations offshore partent de ports bases (Le Havre, Cherbourg, Saint-Nazaire, Dunkerque). Les responsables logistique et coordination portuaire assurent la gestion des stocks de pièces détachées, les rotations d’équipes en CTV (Crew Transfer Vessel) et la planification des fenêtres météo.
Ingénierie sous-marine & câblage. La conception et la maintenance des câbles inter-array et d’export sont des spécialités très pointues. Les bureaux d’études spécialisés (Tractebel, BV, DNV) recrutent activement ces profils.
Financement & structuration. Un parc offshore coûte entre 2 et 4 milliards d’euros. Les équipes de financement de projet des banques (BNP Paribas, Société Générale, Natixis) et des fonds d’infrastructure renforcent leurs équipes ENR, avec un focus croissant sur l’offshore.
Les hubs géographiques à surveiller
Le Havre s’impose comme la capitale française de l’éolien en mer, avec l’implantation de Siemens Gamesa, Vestas, et plusieurs sous-traitants majeurs. Cherbourg, Dunkerque et Nantes-Saint-Nazaire complètent le tableau. Pour les cadres en mobilité, ces métropoles offrent désormais de vraies perspectives de carrière dans l’offshore.
Ce que nous observons sur le terrain
Chez EnR talent, nous constatons depuis 18 mois une explosion des mandats offshore. Les délais de recrutement s’allongent : pour un chef de projet offshore senior, il faut souvent compter 3 à 5 mois avant de finaliser un recrutement. Les candidats qualifiés reçoivent plusieurs offres simultanément et négocient des packages inédits dans la filière.
Notre conseil aux entreprises : ne pas attendre d’avoir le poste ouvert pour commencer à sourcer. La cartographie des talents doit être un travail continu, pas une réponse à l’urgence.